Plein-Ciel a été une découverte surprenante et décalée. Un univers bien particulier qui est très bien exploité et une mise en avant de la résilience fort intéressante.

Plein-CielRésumé : Sur l’île de la Nébuleuse, l’Opéra Plein-Ciel fait la pluie et le beau temps, et chacune de ses représentations se doit d’être parfaite. Née dans une famille de Masques – des aristocrates capables de transmuter les corps vivants – Ivoire est une jeune femme dont le talent de Jouet ne gouverne que les objets. C’est loin de son milieu social qu’elle a trouvé sa place, en périphérie de la capitale, au sein d’une petite maison donnant sur les rizières et d’un prestigieux atelier de couture, l’Atelier-Des-Mesures. Mais lorsque son talent de dompteuse de rubans est remarqué par la Maîtresse-Jouet de Plein-Ciel en personne, Ivoire n’a pas le choix : elle est forcée d’abandonner son quotidien tranquille pour emménager en plein coeur de l’Opéra.

Plein-Ciel

Auteur(s) : Siècle Vaëlban
Parution : 07/02/2024 chez Bigbang
Nombre de pages : 640
Prix : 19€95

Si je me suis intéressée à Plein-Ciel, c’est avant tout grâce à la superbe édition proposée par Big Bang. Difficile de ne pas se sentir intriguée et de craquer. J’apprécie vraiment de plus en plus le soin apporté aux romans. Mais ça ne fait pas tout, bien évidemment. Je ne vais pas vous mentir, j’ai mis un peu de temps à me familiariser avec l’univers, une bonne centaine de pages, et puis ensuite, impossible de le lâcher (fort heureusement).

L’univers est somme toute très original. Avec des codes particuliers, des termes spécifiques, c’est tout un monde qui s’offre à nous et que l’on a besoin de dompter. Mais encore une fois, lorsque l’on y parvient, c’est un petit délice. On y découvre une société aussi fantastique qu’horrifique où le merveilleux côtoie la tyrannie. Un aspect d’ailleurs qui est traité de façon très juste et dont le travail psychologique était très intéressant, car de très nombreuses facettes sont explorées. Des nuances à foison autant dans les actes que dans la réflexion. Les apparences sont aussi souvent trompeuses, pour le meilleur comme pour le pire. Et c’est dans ce nid de vipères que notre petite Ivoire doit naviguer avec mille précautions.

Ivoire, personnage qui a beaucoup vécu malgré son jeune âge, pourtant toujours naïve sur certains points, courageuse et intelligente, mais n’ayant pas toutes les armes à sa disposition pour survivre à l’Opéra. De par sa condition, elle se ferme aux autres et pense devoir subir des maltraitances sans broncher, car après tout, elle est une peau-de-lune. Contradictoire pourtant aussi, et on la voit évoluer au fil des pages devenant une tout autre personne, modelant celle qu’elle était pour survivre, mais aussi permettre à ceux à qui elle s’attache d’échapper à la tyrannie de Plein-Ciel. Elle est attachante malgré parfois cette envie irrésistible de la secouer un peu. C’est un sacré petit bout de femme que j’ai adoré suivre.

Et elle n’est pas toute seule dans cette grande aventure. Une multitude de personnages hauts en couleur l’entourent. Certains bons, d’autres mauvais jusqu’à la moelle. C’est vraiment un panel que j’ai trouvé parfait pour coller à l’univers de l’Opéra. J’y ai retrouvé la même ambiance que dans les premiers tomes de la Passe-miroir et j’ai adoré ce capharnaüm et toutes ces personnalités bien trempées. Une famille étrange et attendrissante avec des relations tout aussi complexes. C’est étourdissant et en même temps joyeux et solaire. A contrario par contre, il y a aussi beaucoup de violence. Verbal, mais surtout physique. Deux poids, deux mesures où les « méchants » se montrent d’une cruauté sinistre et souvent gratuite. Opprimés et oppresseurs se côtoyant et exacerbant ainsi une envie de révolte.

Et c’est là tout le centre de l’histoire. Un ras-le-bol rugissant qui finit par prendre forme et bousculer l’ordre établi. Il ne se fait pas sans heurts, cela va de soi, et la complexité de Plein-Ciel joue avec les faux-semblants et les révélations croustillantes, tout en jouant sur le côté grandiose de l’Opéra. C’est toute une histoire. Et l’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer pour mon plus grand plaisir. Quand en plus, une romance improbable se met en place, j’étais perdue (dans le bon sens du terme, bien évidemment). L’intrigue ne joue pas forcément sur les facilités qui plus est. Je m’attendais à certains événements « classiques », mais que nenni. L’auteure joue encore sur l’originalité. Même si parfois, on sent tout de même le « trop de trop » si cher à Demesure.

Trois points m’ont par contre un peu chagrinée. le premier : la mise en place de l’univers de Plein-ciel. Il est riche et complexe, et il m’a bien fallu une centaine de pages avant de me sentir vraiment à l’aise. Les doubles pages explicatives qui entrecoupent les chapitres étaient des excellentes aides même si certaines arrivaient un peu tard. Il est toujours compliqué de mettre en place un monde imaginaire, surtout quand il est si original. Je pense par contre que cela peut engendrer des abandons de lecture. Pour ma part, je me suis accrochée, et je ne l’ai pas regretté !

Deuxième point : le nombre incalculable de morts. J’entends que cela appuie la tyrannie mise en place par les entités qui gouvernent ce monde, mais comme le dirait si bien Ivoire au bout d’un moment, il y a cette impression de trop de trop. Franchement, préparez-vous. Personne n’est à l’abri. Et même si je comprends l’idée, pour moi, beaucoup d’entre elles auraient pu être évitées, dans le sens où l’auteure n’avait pas besoin de tuer des personnages pour appuyer son propos. Il y avait d’autres moyens (j’ai encore l’impression de citer des personnages du roman…). La dernière m’a d’ailleurs laissé de marbre. Trop théâtrale et égoïste à mon goût. Elle concerne un personnage avec lequel j’ai eu du mal à m’attacher, il faut dire également, mais j’étais arrivée à un point où je m’attendais vraiment à ce que tout le monde y passe. C’est pour dire.

Dernier point et pas le moindre… Sujet délicat… Je ne pense pas que c’était le message que l’auteure voulait faire passer, mais il y a une impression de « racisme anti-blanc » qui est malaisant. Je m’explique. Notre héroïne, Ivoire, est albinos dans un monde où il semble qu’il n’y ait que des personnes de couleur. Elle est considérée comme une aberration et sa couleur de peau est limite une hérésie. Elle est donc traitée de façon peu amène, pour rester polie. Il y a aussi très régulièrement des réflexions sur la couleur de peau des personnages. Plus la peau est foncée, plus la personne est considérée comme respectable et faisant partie des aristocrates qui n’ont pas vraiment le beau rôle… Et donc, j’ai pour ma part eu le ressenti de l’oppressé devenant oppresseur. C’est très maladroit. Surtout qu’encore une fois pour appuyer le rejet vis-à-vis d’Ivoire, un monde avec une palette de couleurs variées, n’aurait rien changé. Les albinos ont très longtemps été rejetés, et cela dans tout le règne animal. Donc j’avoue que même si je suis arrivée à passer outre, cela m’agaçait un peu et je peux aisément comprendre que cela puisse choquer des lecteurs. Je n’arrive pas à comprendre comme la maison d’édition n’a pas fait une alerte concernant ce point.

Plein-Ciel est un roman original à souhait qui joue parfaitement bien avec son lieu de prédilection. J’ai adoré ses personnages charmants à souhait, et détesté ceux beaucoup moins plaisants. Des émotions, des messages forts, de la résilience, un travail sur la nature humaine fort plaisant. Une découverte surprenante et décalée.

2 réponses à “Plein-Ciel

  1. Le roman me tente depuis sa sortie et malgré les bémols que tu soulèves, on sent que tu as apprécié ta lecture. L’héroïne a l’air intéressante à suivre et l’autrice semble avoir su jouer d’une certaine originalité, ce qui n’est pas si courant…

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